samedi 1 août 2026

L’émergence des systèmes

 

L’émergence des systèmes

(La vérité est un bien public, donc un service public.)

Avant même de pouvoir réfléchir au monde, l’être humain est déjà immergé dans des systèmes qui orientent sa pensée et ses comportements. Personne ne choisit ces systèmes : on y nait, on les absorbe et on les utilise toute sa vie.

Un système social peut être décrit comme un ensemble de comportements collectifs stabilisés par des règles explicites ou implicites et transmis par imprégnation mentale. Avec le temps, ces systèmes finissent par s’imposer aux individus comme des contraintes comparables à celles de la nature.

La langue maternelle en est un exemple simple. Elle s’est constituée progressivement au fil des générations. Chaque enfant nait dans une communauté linguistique et absorbe la langue sans l’avoir choisie. Il l’utilise pour communiquer avec les autres, mais aussi dans son langage intérieur. Même lorsqu’il ne parle pas, il pense avec cette langue. Elle devient donc un cadre mental permanent.

La langue s’impose parce que la masse des individus l’utilise. La grammaire et l’orthographe ont été fixées plus tard par l’éducation et les institutions, mais la langue existait déjà comme système collectif bien avant ces codifications. Les langues sont apparues d’abord spontanément dans les groupes humains. Mais, avec l’apparition des États, elles sont souvent codifiées et désignées comme langues officielles dans les constitutions. L’éducation obligatoire contribue alors à diffuser et à stabiliser ce système linguistique.

L’argent fonctionne d’une manière comparable. Il n’est pas nécessaire qu’une règle écrite oblige chacun à l’utiliser. Le fait que tout le monde l’utilise suffit à maintenir le système. L’individu s’y adapte parce qu’il vit dans un environnement social où les échanges sont organisés autour de lui.

Les systèmes sociaux deviennent ainsi une sorte d’environnement artificiel. Les humains réagissent à eux comme ils réagissent aux contraintes naturelles. La différence est que ces contraintes ne viennent pas de la nature, mais de l’accumulation de comportements humains au fil du temps.

On peut comparer la situation de l’individu à celle d’un bouchon balloté par les vagues. S’il n’a pas conscience de ce qui le porte, il subit simplement le mouvement. Pourtant, dans le cas des systèmes sociaux, les vagues sont artificielles. Elles ont été produites par les humains eux-mêmes.

Un système apparait généralement lorsque trois éléments se combinent : des comportements collectifs, des règles stabilisées — écrites ou non — et une imprégnation mentale transmise aux nouvelles générations. Une fois ces éléments réunis, le système tend à se maintenir de lui-même.

Cette autoreproduction rend les systèmes particulièrement résistants. Même lorsque leurs défauts sont identifiés, il devient difficile de les modifier, car ils sont déjà intégrés dans les habitudes, les institutions et la pensée des individus. D’autant plus que les systèmes ont la fâcheuse habitude de s’entrelacer.

Suivre une règle sans la remettre en analyse, alors même que l’on en a conscience, revient à la transformer en croyance, et surtout à devoir la suivre comme on suit par obligation un précepte religieux dans une Théocratie (Crédocratie). Cela ne signifie pas que les règles doivent être transgressées, mais qu’elles peuvent toujours être examinées, discutées et évaluées.

Tous les systèmes ne jouent pas le même rôle. Certains permettent simplement l’organisation de la vie collective. C’est le cas, par exemple, des langues ou de certaines conventions sociales qui facilitent la communication et la coopération entre les individus. D’autres systèmes apparaissent lorsque les sociétés deviennent plus nombreuses et plus étendues. Des institutions comme l’argent, les lois, les administrations ou l’éducation servent alors à stabiliser les échanges et à organiser des communautés humaines devenues trop vastes pour fonctionner uniquement par relations directes.

Mais certains systèmes évoluent progressivement vers des structures de pouvoir. Des hiérarchies rigides, certaines formes d’accumulation économique ou des bureaucraties excessives peuvent finir par se maintenir surtout parce qu’elles servent des intérêts particuliers ou parce qu’elles se sont enracinées dans les habitudes collectives. Ces systèmes ne simplifient plus la vie sociale ; ils la complexifient, introduisent de nouveaux dangers et réduisent les libertés individuelles.

Il devient alors nécessaire de distinguer les systèmes utiles à l’organisation des sociétés et les systèmes parasites qui se maintiennent surtout parce qu’ils servent certains intérêts ou parce qu’ils se sont enracinés dans les habitudes.

Comprendre les systèmes sociaux est donc une étape essentielle du rationalisme. Car ce qui a été produit par les humains n’est pas une fatalité de la nature. Les systèmes peuvent être observés, analysés et discutés. C’est seulement en prenant conscience de leur fonctionnement que l’on peut espérer distinguer ceux qui organisent la vie collective de ceux qui la compliquent inutilement.

Mon conseil de rationaliste, faites-en sorte d’interdire l’enrichissement personnel et la croyance, pour commencer ! Et ensuite, réduisez la population, nous sommes bien trop nombreux pour pouvoir nous comporter rationnellement donc humainement au milieu de tous ces systèmes enchevêtrés créés pour gérer ce nombre.

Fin — E. Berlherm

(L’obligation d’exister implique l’innocence d’exister en permanence, ce qui est vrai pour les loups comme pour les moutons.)


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire