Droits
à l’avortement
(La
vérité est un bien public, donc un service public.)
Mise
à l’épreuve du SOCLE,
suite.
Le SOCLE est un glossaire rationaliste
post-darwinien de
plus de 150 mots, il est disponible au téléchargement sur
Google Drive en français et en anglais. Les liens sont à la fin du texte.
Vous
pouvez lire le
texte suivant
sur
Blogger ou sur Google Drive, les liens sont également dans la
présentation.
Prompt :
D’après le SOCLE (le fichier joint :
SOCLE_IA_GF_V2_français.pdf),
je voudrais que tu écrives un article sur le droit à l’avortement,
un article de plus de 1500 mots sans limite supérieure. Je veux
que tu utilises tous les arguments que tu trouveras dans le SOCLE,
qu’ils soient simples, émotionnels, techniques ou scientifiques,
tous. Il est inutile de faire référence au SOCLE.
Quatre
IA m’ont répondu. Je cite,
dans l’ordre de mes préférences, les
deux premières.
Version
de Gemini
Le Droit à l’Avortement : Perspective Rationaliste et
Post-Darwinienne sur la Souveraineté Corporelle et la Fabrication de
l’Existant
Résumé
Loin d’être une simple commodité juridique ou un débat moral
circonscrit aux dogmes traditionnels, le droit à l’avortement
relève d’une exigence rationaliste fondamentale. En analysant la
condition humaine à l’aune de la biologie évolutionniste, de la
mécanique du vivant et du refus de la contrainte d’exister, cet
article démontre que l’interruption volontaire de grossesse est un
acte de salubrité éthique, une reconquête de la souveraineté
corporelle face à l’asymétrie reproductive, et une application
rigoureuse du principe de précaution face à la fabrication aveugle
de nouveaux êtres conscients.
Introduction : Sortir du mysticisme procréatif
Les débats contemporains autour de l’interruption volontaire de
grossesse (IVG) demeurent trop souvent prisonniers de structures
conceptuelles obsolètes, héritées de morales pré-darwiniennes et
de métaphysiques spiritualistes. On y parle couramment de « don
de la vie », de « sacralité de la conception » ou
de « vocation naturelle » de la maternité. Ces formules
adoucies et poétiques occultent la réalité matérielle, biologique
et existentielle de la procréation humaine. Une approche
authentiquement rationaliste, adossée aux données des sciences
contemporaines et purgée des illusions du libre arbitre universel,
impose de repenser radicalement ces notions.
L’être humain n’est pas une création ex nihilo dotée
d’une âme immatérielle dès sa conception, mais un système
biologique complexe, un animal façonné par des millions d’années
d’évolution aveugle, dénué de finalité intrinsèque. Dès lors,
l’apparition d’un nouvel individu n’est pas l’introduction
magique d’une entité spirituelle dans le monde, mais un processus
de fabrication matérielle. Comprendre l’humain comme un être
fabriqué, contraint d’exister et non cause première de lui-même,
modifie de fond en comble la perspective morale sur la reproduction.
Le droit à l’avortement cesse d’être une simple tolérance
sociale ou une concession politique pour devenir une exigence éthique
absolue, ancrée dans la protection de la conscience souffrante et le
refus de l’instrumentalisation des corps.
La mécanique aveugle du vivant et le concept de fabrication
D’un point de vue post-darwinien, la reproduction biologique est un
cas particulier de réplication appliqué aux systèmes vivants.
C’est un mécanisme brut, horizontal et automatisé, dont le but
unique est la perpétuation de structures génétiques à travers des
variations et des transmissions stables. L’évolution naturelle ne
poursuit aucun idéal de bonheur, de justice ou de bienêtre ;
elle opère par élimination, compétition et prolifération aveugle.
La nature explique la reproduction, elle ne la justifie pas
éthiquement.
Chez l’humain, ce mécanisme animal se traduit par la production
concrète d’un nouvel être vivant qui deviendra, par
l’imprégnation sociale et le développement neurobiologique, un
individu social, titulaire de droits et sujet exposé à la
souffrance. Utiliser le terme de « fabrication » plutôt
que ceux, mystifiés, de « procréation » ou de « don »
permet de restituer la violence causale de l’acte reproductif.
Fabriquer un humain, c’est projeter une configuration biologique
depuis une non-existence sans besoin vers une existence saturée
d’exigences. Le non-existant ne réclame rien, ne manque de rien et
ne souffre d’aucune privation. La fabrication ne répond jamais au
besoin de l’être absent ; elle crée de toutes pièces un
être de besoins, exposé structurellement à la douleur, au manque,
à la dépendance, au vieillissement et à la mort.
De surcroit, cette fabrication s’effectue toujours à l’aveugle.
Les géniteurs ne peuvent anticiper ni les caractéristiques
physiques et mentales de l’être produit, ni les pathologies qui
l’assailliront, ni la configuration socio-économique dans laquelle
il sera jeté, ni les dommages qu’il subira ou qu’il infligera à
son tour. Face à cette loterie biologique et existentielle,
l’interruption volontaire de grossesse se présente comme la
possibilité d’interrompre un processus causal aveugle avant qu’il
ne débouche sur la création d’un associé contraint, obligé de
supporter les maux et les chantages vitaux de l’existence.
L’avortement est le bras armé de la rationalité humaine opposant
un refus conscient à l’automatisme irréfléchi de la machinerie
biologique.
L’asymétrie corporelle fondamentale et la conscription utérine
L’un des arguments les plus puissants en faveur du droit
inconditionnel à l’avortement réside dans l’analyse de
l’asymétrie matérielle et anatomique de la reproduction sexuée.
S’il est aisé d’évoquer la procréation comme une œuvre
commune ou un destin familial abstrait, la réalité physique impose
un constat implacable : l’homme peut devenir géniteur sans
subir la moindre altération de son intégrité physique, sans risque
obstétrical, sans douleur viscérale, et sans interruption de sa
trajectoire corporelle. La femme, en revanche, assume la totalité de
la charge biologique de la gestation et de l’accouchement.
La grossesse n’est pas un état neutre ou une simple parenthèse
physiologique ; c’est une transformation majeure de
l’organisme, un processus invasif qui mobilise l’ensemble des
ressources métaboliques, immunologiques et psychologiques de la
femme. Elle s’accompagne de risques médicaux réels, de
complications potentiellement létales, de modifications durables du
système nerveux et d’un bouleversement profond du rapport au
corps. Forcer une femme à mener à terme une grossesse non désirée
équivaut à une conscription corporelle, à une forme
d’expropriation de soi où l’État ou la morale religieuse
réquisitionne un utérus pour en faire une usine de production
démographique.
Le natalisme traditionnel et le patriarcat fonctionnent comme des
systèmes de légitimation de cette exploitation. En sacralisant la
maternité, ils transforment une asymétrie biologique en un devoir
moral et social, emprisonnant les femmes dans leur fonction
reproductive pour mieux limiter leur liberté d’action. Dans
beaucoup de sociétés, la maternité obligatoire est le moyen par
excellence de fixer le corps féminin au sein de la sphère
domestique, de le soumettre à des dépendances économiques et de
restreindre son accès à l’autonomie intellectuelle, politique et
sociale. Le machisme ne se limite pas aux violences directes ou aux
discriminations salariales ; il s’enracine dans le contrôle
de la fabrication des êtres. Garantir l’accès universel et
gratuit à l’avortement, c’est briser cette chaine de domination
en offrant aux femmes la maitrise absolue de leur trajectoire
biologique. La liberté féminine commence précisément là où
s’arrête le pouvoir de la société de lui imposer la fabrication
d’un autre corps.
Le statut ontologique du fœtus : Neurobiologie vs métaphysique
de l’âme
Les opposants à l’avortement fondent généralement leur
rhétorique sur l’affirmation selon laquelle l’embryon, dès la
fusion des gamètes, posséderait une valeur humaine intrinsèque,
équivalente à celle d’une personne née et consciente. Cette
position relève d’une confusion ontologique majeure entre la
possibilité d’une structure et sa réalité fonctionnelle. Une
cellule œuf, un blastocyste ou un embryon précoce ne sont pas des
personnes ; ce sont des configurations cellulaires, des amas de
matière organique en devenir, dépourvus de toute vie psychique.
Pour qu’il y ait sujet, pour qu’il y ait individualité
souffrante ou consciente, la présence d’un système nerveux
central fonctionnel et interconnecté est une condition biologique
sine qua non. Les données de la neurobiologie et de
l’embryologie sont claires : durant les premières phases du
développement, le cortex cérébral n’est pas relié aux voies
sensorielles périphériques. Le fœtus précoce ne possède ni les
structures anatomiques ni l’activité électrique nécessaires à
l’émergence de la moindre sensation, de la moindre douleur ou d’un
quelconque objet mental. L’imprégnation sensorielle et mémorielle
n’ébauche ses premiers balbutiements mécaniques qu’à un stade
avancé de la gestation, bien au-delà des délais légaux de
l’interruption volontaire de grossesse.
Vouloir prêter des « objets mentaux » ou une « mémoire
de sens » à un stade embryonnaire ou fœtal relève d’une
projection anthropomorphique. Avant l’accès à la culture et avant
la stabilisation des structures cérébrales, il n’y a que de la
mécanique biologique en devenir. Le fœtus précoce est une
possibilité de sujet, mais il n’est en aucun cas un sujet
cognitif, car le tissu matériel et le tissu culturel nécessaires à
la fabrication du sens font tous deux totalement défaut.
Comparer la destruction d’un groupe de cellules indifférenciées
ou d’un fœtus sans conscience à l’homicide d’un être humain
socialisé constitue un sophisme grossier. Le fœtus n’a pas de
conscience d’exister, pas de mémoire, pas d’attentes, pas de
peurs, pas de liens relationnels. Sa suppression n’interrompt
aucune biographie vécue ; elle empêche simplement
l’allongement d’une chaine causale matérielle.
En revanche, la femme enceinte est une personne pleinement
constituée, un sujet inséré dans le tissu social, doté d’une
conscience réflexive, d’une sensibilité aigüe à la souffrance,
de projets, de responsabilités fonctionnelles et d’une
vulnérabilité immédiate. Sacrifier ou subordonner les droits, la
santé, l’avenir et l’équilibre mental d’une femme réelle à
la préservation d’une entité biologique purement virtuelle et
inconsciente est une aberration éthique monumentale. Le rationalisme
exige de faire prévaloir la souffrance et la liberté du sujet
conscient sur la prolifération mécanique du tissu cellulaire.
L’éthique de la prévention radicale et le refus de la contrainte
d’exister
Au-delà des arguments féministes et médicaux, le droit à
l’avortement s’inscrit de manière cohérente dans une éthique
de la responsabilité et de la prévention radicale face à la
détresse existentielle. Venir au monde n’est jamais un choix
individué. Chaque être humain se découvre un jour existant, placé
devant le fait accompli de son propre fonctionnement biologique et
neuronal, contraint de maintenir en vie un corps qu’il n’a pas
demandé à posséder. C’est ce que l’on peut nommer la
contrainte d’exister. Une fois lancé dans l’existence,
l’individu est soumis au chantage vital : il doit se nourrir,
travailler, s’intégrer, subir les lois de sa société, affronter
la maladie, l’injustice, l’aliénation, et finalement faire face
à l’angoisse de sa propre disparition.
Le monde social et économique est un espace de compétition féroce,
souvent saturé de dommages, d’exploitations et de violences.
L’éducation elle-même n’est qu’une mise en compatibilité
forcée du système nerveux de l’enfant avec les structures
pathogènes de la société qui l’entoure. Face à cette réalité
anthropologique lucide, procréer de manière irréfléchie, ou y
être contrainte, revient à ajouter un individu à la double
possibilité de subir des dommages intolérables ou d’en infliger à
son tour. La décision d’avorter peut ainsi être comprise comme un
acte d’une profonde moralité rationnelle : elle relève d’une
démarche antiprocréative ponctuelle, d’un refus de transmettre
une contrainte existentielle lorsque les conditions minimales
d’accueil, de dignité et de protection ne sont pas réunies.
Il est profondément hypocrite de la part des structures sociales
moralisatrices d’interdire l’avortement au nom de la « vie »,
pour ensuite abandonner l’enfant né à la misère économique, à
la relégation sociale, au chantage à l’emploi ou aux violences
intrafamiliales. Une société authentiquement éthique n’est pas
celle qui maximise le nombre de naissances par la contrainte légale,
mais celle qui veille à ce qu’aucun être ne soit fabriqué pour
être ensuite livré à la broyeuse des systèmes marchands ou
autoritaires. L’avortement prévient le dommage à sa racine même :
en ne faisant pas basculer la non-existence paisible vers une
existence de souffrances obligatoires, il réalise l’idéal d’une
prévention absolue.
Responsabilité fonctionnelle contre culpabilisation ontologique
La rhétorique anti-choix tente d’instiller chez les femmes qui
avortent un sentiment de culpabilité ontologique profonde, de honte
métaphysique, en les qualifiant de défaillantes, d’égoïstes ou
de destructrices de vie. Le rationalisme dissipe ce nuage toxique en
substituant la notion de responsabilité fonctionnelle à celle de
faute morale.
Dans un univers matériel régi par le déterminisme biologique et
environnemental, la culpabilité ontologique n’a aucun sens. Les
individus ne choisissent pas leurs désirs, leurs pulsions, les
accidents de leur contraception, ou les pressions systémiques qu’ils
subissent. Une femme confrontée à une grossesse non désirée n’est
pas une criminelle métaphysique ; elle est un point
d’organisation au sein d’une situation matérielle donnée. Sa
décision d’interrompre cette grossesse est une réponse
fonctionnelle de régulation de sa propre existence et de son
environnement immédiat. Elle évalue lucidement ses capacités
d’intervention, ses limites psychologiques, ses ressources
matérielles et refuse d’assumer une fonction parentale qu’elle
ne peut ou ne veut porter. Cette décision témoigne d’une
rationalité pratique exemplaire : elle prend acte des faits et
interrompt le processus causal avant qu’il ne produise des effets
systémiques négatifs pour elle-même et pour la collectivité.
L’État et les institutions de santé ont pour responsabilité
fonctionnelle exclusive de garantir la sécurité, l’accès
technique, l’accompagnement médical et l’absence totale de
stigmatisation de cet acte. Considérer l’avortement comme un crime
ou une tare médicale est un reliquat de la pensée magique
pré-scientifique. L’accès libre et sécurisé à l’IVG est un
indicateur de la maturité rationaliste d’une civilisation,
marquant le passage d’une gestion mystique et punitive des corps à
une gestion technique, sanitaire et respectueuse de l’autonomie des
sujets.
Conclusion : L’avortement comme victoire de la raison critique
En définitive, le droit à l’avortement constitue une ligne de
partage fondamentale entre deux visions du monde irréconciliables.
D’un côté, le dogme pré-darwinien, nataliste et mystique, qui
sacralise la reproduction biologique aveugle, soumet le corps des
femmes aux impératifs de la prolifération de l’espèce, et
glorifie l’existence comme un absolu indiscutable, dût-elle
s’accomplir dans les larmes et la servitude. De l’autre côté,
le rationalisme lucide, qui appréhende la reproduction pour ce
qu’elle est — un mécanisme matériel de fabrication — et
subordonne l’apparition de toute nouvelle existence au
consentement, à la viabilité, et au respect absolu de la conscience
des vivants actuels.
Défendre l’avortement, ce n’est pas seulement défendre un droit
de santé publique ou un jalon de l’émancipation législative des
femmes. C’est affirmer la prééminence de la raison critique sur
l’automatisme de la nature. C’est décréter que l’utérus
féminin n’appartient ni à la patrie, ni à la religion, ni au
capital, ni à l’espèce, mais à la femme seule. C’est proclamer
l’innocence fondamentale des êtres face à la contrainte d’exister
et faire de la réduction active de la souffrance le seul véritable
impératif éthique de l’humanité.
L’avortement ne constitue ni une transgression métaphysique ni
l’affirmation d’un libre arbitre s’extrayant des lois
physiques. Il s’analyse comme un mécanisme de régulation par
lequel l’organisme humain, déterminé par des facteurs
biologiques, psychologiques et environnementaux, réagit à ses
propres contraintes de viabilité et de ressources. L’accès à cet
acte ou son interdiction relèvent de rapports de force et de
structures institutionnelles qui gèrent les dépendances
fonctionnelles de la société, sans qu’aucune de ces dynamiques ne
puisse s’abstraire du déterminisme matériel global.
Version
de
ChatGPT
Le droit à l’avortement : interrompre la fabrication plutôt
qu’imposer l’existence
Le droit à l’avortement est
souvent présenté comme un conflit entre la vie et la liberté,
entre l’enfant à venir et la femme enceinte, entre la morale et le
droit, entre la nature et la technique, entre la religion et la
modernité. Cette présentation est déjà piégée. Elle suppose que
la question principale serait de savoir quel camp aime la vie et quel
camp la refuse. Or la question est beaucoup plus précise, plus
concrète et plus exigeante : une société a-t-elle le droit de
contraindre un être déjà existant à poursuivre, dans son propre
corps, la fabrication d’un autre être qui n’a rien demandé, ne
peut pas consentir à sa venue, et devra ensuite supporter
l’existence ?
L’avortement ne doit pas être
pensé comme un simple acte médical isolé, ni comme une
transgression morale, ni comme un caprice individuel. Il doit être
compris à l’endroit exact où se croisent le corps, la sexualité,
la reproduction, la contrainte sociale, la souffrance possible, les
droits humains, la religion, la loi, le pouvoir et la fabrication des
êtres. C’est pourquoi le droit à l’avortement ne peut pas être
réduit à une autorisation tolérée par la loi. Il devrait être
reconnu comme une protection fondamentale de l’être déjà
existant contre l’appropriation de son corps par la famille,
l’État, la religion, la morale, la nation ou le simple automatisme
biologique.
La première clarification
consiste à distinguer sexualité et reproduction. La sexualité
humaine n’est pas seulement un mécanisme reproductif. Elle peut
être plaisir, lien, langage du corps, expression affective,
confiance, tendresse, exploration, apaisement, communication,
attachement. Elle peut aussi être domination, contrainte, violence,
manipulation, humiliation, emprise ou risque imposé. Ce qui décide
de sa valeur n’est donc pas sa conformité à une morale ancienne,
mais ses effets réels sur les personnes concernées :
consentement, protection, absence de violence, absence de contrainte,
absence de dommage, respect réciproque.
La reproduction est autre chose.
Lorsqu’une sexualité produit une grossesse, elle cesse d’être
seulement une relation entre existants. Elle ouvre un processus de
fabrication d’un nouvel être. Ce basculement change toute la
nature du problème. Il ne s’agit plus seulement de savoir si deux
corps se sont rencontrés, s’ils se sont désirés, s’ils ont
pris un risque ou s’ils ont utilisé une contraception. Il s’agit
de savoir si un processus biologique commencé dans le corps d’une
femme doit obligatoirement être mené jusqu’à la naissance, même
si cette femme ne veut pas ou ne peut pas assumer cette continuation.
Dire qu’une grossesse est
« naturelle » ne suffit pas à la rendre obligatoire. La
maladie est naturelle, la douleur est naturelle, la mort est
naturelle, la prédation est naturelle, l’accident est naturel, le
vieillissement est naturel. Les humains n’ont jamais considéré
que le naturel devait toujours être respecté sans correction. Ils
soignent, anesthésient, opèrent, vaccinent, réparent, préviennent,
protègent. La technique n’est pas une sortie de la nature ;
elle est ce qu’un animal humain, doté de cerveau, de mémoire, de
langage et d’outils, produit naturellement pour corriger certains
effets du vivant. La contraception, l’éducation sexuelle, la
médecine et l’avortement appartiennent à cette correction
rationalisée des automatismes biologiques.
La grossesse n’est pas une
abstraction. Elle se produit dans un corps déterminé. Elle modifie
ce corps, mobilise son énergie, transforme ses hormones, ses
sensations, ses risques, son avenir proche, parfois sa santé, sa vie
sociale, sa vie économique, sa sécurité, son rapport à elle-même.
La femme enceinte n’est pas un lieu neutre où se développerait un
projet appartenant à d’autres. Elle n’est pas un contenant
collectif. Elle n’est pas un instrument démographique. Elle n’est
pas une propriété familiale. Elle n’est pas une ressource
nationale. Elle n’est pas un support religieux. Elle est un être
déjà existant, vulnérable, situé, dépendant de conditions
matérielles, porteur de droits, et dont le corps ne peut être
réquisitionné sans produire une domination.
La question du consentement est
ici décisive. Consentir à une relation sexuelle ne signifie pas
consentir à une grossesse. Consentir à une grossesse au début ne
signifie pas consentir à toutes les complications possibles. Désirer
un enfant un jour ne signifie pas devoir accepter toute grossesse.
Avoir été imprudente ne signifie pas avoir perdu ses droits. Avoir
été contrainte, manipulée, mal informée ou abandonnée ne
signifie pas devoir porter la conséquence biologique comme une
punition. Dans une pensée vraiment attentive aux êtres, la
grossesse ne peut pas devenir la sanction corporelle d’une
sexualité.
L’un des pièges les plus
anciens consiste à transformer la sexualité féminine en dette
reproductive. La femme aurait eu une sexualité ; elle devrait
donc payer par la maternité. Elle aurait pris un risque ; elle
devrait donc assumer. Elle aurait un utérus ; elle devrait donc
remplir sa fonction. Cette logique est une logique de
culpabilisation. Elle ne cherche pas d’abord à protéger un être ;
elle cherche à faire supporter à une femme la conséquence morale
d’un acte jugé. Or une société juste ne devrait pas utiliser la
reproduction comme punition. Elle ne devrait pas dire, explicitement
ou implicitement : « Puisque tu as eu une sexualité, ton
corps nous appartient jusqu’au terme. »
La notion même de
« responsabilité » doit être déplacée. Dans le
langage ordinaire, on dit souvent : « Elle doit prendre
ses responsabilités. » Mais cette phrase contient généralement
une menace : elle doit continuer la grossesse, accoucher, élever
l’enfant, ou porter la culpabilité de l’interruption. Cette
responsabilité est faussement équilibrée. Elle pèse presque
toujours davantage sur la femme que sur l’homme, sur le corps qui
porte plutôt que sur le corps qui a fécondé, sur la personne
visible plutôt que sur les systèmes qui produisent ignorance
sexuelle, pauvreté, dépendance, pression familiale, domination
masculine, absence de soins, absence d’éducation, absence de
contraception ou violences sexuelles.
Une responsabilité rationnelle
ne consisterait pas à imposer une souffrance ou une naissance. Elle
consisterait à réduire les dommages. Elle demanderait :
quelles conditions ont produit cette grossesse non désirée ?
Quelle information manquait ? Quelle contraception a échoué ou
n’a pas été accessible ? Quelle pression s’est exercée ?
Quelle violence a peut-être eu lieu ? Quelle solitude
matérielle ou affective pèse sur cette personne ? Quelle aide
réelle peut être apportée ? Quel avenir sera fabriqué si la
grossesse est poursuivie contre la volonté de celle qui la porte ?
La responsabilité devient alors prévention, protection,
accompagnement, soin, non culpabilisation.
Le droit à l’avortement est
donc aussi un droit contre le mensonge moral. Les sociétés qui
refusent l’avortement ne suppriment pas toujours les avortements ;
elles les rendent plus clandestins, plus honteux, plus dangereux,
plus inégalitaires. Les femmes riches ou entourées trouvent souvent
des solutions ; les femmes pauvres, isolées, jeunes,
surveillées, dépendantes ou déjà dominées paient le prix de
l’interdit. Une interdiction morale produit alors un tri social :
certaines peuvent échapper aux conséquences, d’autres doivent les
subir. Une société qui prétend défendre la vie peut ainsi
fabriquer davantage de souffrance réelle au nom d’une vie
abstraite.
Il faut aussi examiner l’argument
du « droit à la vie » du futur enfant. Il touche une
zone émotionnelle profonde, car l’être possible est facilement
imaginé : on peut lui donner un prénom, un visage, une
chambre, un avenir, une place dans une famille. Mais l’intensité
de cette projection ne suffit pas à transformer le possible en sujet
déjà présent dans le même sens qu’une personne existante,
consciente de sa trajectoire, inscrite dans des relations sociales,
capable de souffrir de l’interdit qui lui serait imposé. Le futur
enfant est d’abord une représentation mentale chez les existants,
puis un processus biologique en cours, puis éventuellement un être
né qui deviendra immédiatement porteur de droits. Confondre ces
niveaux produit une confusion morale.
Ne pas faire naitre un être ne
le prive pas d’une vie qu’il réclamerait. Avant d’exister
comme sujet, il ne demande rien. Il ne souffre pas de ne pas être
né. Il n’attend pas dans un néant douloureux. Il n’a pas de
projet interrompu. Ce sont les existants qui imaginent ce qu’il
aurait pu être. En revanche, faire naitre un être produit
réellement quelqu’un qui aura faim, peur, froid, besoin de soins,
besoin d’amour, besoin de sécurité, besoin d’éducation, besoin
de place, et qui sera exposé à la maladie, à la perte, à
l’humiliation, à la violence, à la solitude, à la vieillesse et
à la mort. La naissance fabrique un centre possible de souffrance.
La non-naissance ne fabrique pas une victime.
Cet argument ne signifie pas que
l’embryon ou le fœtus serait « rien » au sens
biologique. Il y a bien un processus vivant, une organisation en
développement, une continuité matérielle commencée. Mais la
question éthique n’est pas simplement : « Y a-t-il de
la vie ? » Il y a de la vie partout dans le vivant. La
question est : cette vie en développement donne-t-elle à la
société le droit de contraindre une femme existante à poursuivre
une fabrication dans son corps ? Et la réponse rationnelle
devrait être non. Le respect d’un processus biologique ne peut pas
devenir l’effacement de la personne qui le porte.
Le droit à l’avortement
protège ainsi la différence entre un être existant et un être
possible, entre un sujet actuel et un sujet futur, entre un corps qui
subit maintenant et une projection que d’autres sacralisent. Une
morale qui place systématiquement l’être possible au-dessus de la
personne existante inverse l’ordre de la protection. Elle demande à
celle qui est là, qui sent, qui pense, qui craint, qui souffre, qui
devra accoucher, nourrir, travailler, affronter les jugements, les
dépenses et les dépendances, de se sacrifier à celui qui n’a pas
encore de vie sociale propre.
Il faut également refuser l’idée
que l’enfant serait dû à la famille, à la lignée, à la nation,
à Dieu, à la croissance économique ou à l’avenir collectif. Un
enfant n’est pas un objet de consolation, un héritier obligatoire,
un futur travailleur, un croyant à produire, un soldat
démographique, un contribuable en attente, une réparation affective
ou un prolongement narcissique. S’il nait, il devient un être
séparé, vulnérable, titulaire de droits, qui ne doit appartenir ni
à ses parents, ni à la société, ni à l’État. Dès lors,
aucune société ne devrait forcer la fabrication d’un être
qu’elle prétendra ensuite reconnaitre comme égal.
La contradiction est forte :
on affirme que l’enfant sera un sujet de droits, mais on commence
par imposer son existence sans consentement, dans le corps d’une
femme qu’on prive elle-même d’un droit fondamental. On affirme
défendre l’innocent, mais on produit un nouvel exposé à
l’existence. On affirme protéger la vie, mais on néglige parfois
la vie réelle de celle qui porte, son équilibre, sa santé, sa
pauvreté, sa peur, sa solitude ou son refus. On affirme défendre
l’amour maternel, mais on le remplace par l’obligation. Or
l’amour forcé n’est plus de l’amour ; c’est une
fonction imposée.
Le contrôle de l’avortement
révèle aussi une structure de pouvoir. Celui qui peut décider si
une femme doit poursuivre une grossesse exerce un pouvoir immense sur
son corps, son temps, sa santé, sa sexualité, sa réputation, son
avenir économique, son lien familial et parfois sa survie. Ce
pouvoir peut venir du père, de la famille, du médecin, du juge, de
l’État, du prêtre, de la coutume, du parti politique ou de la
pression sociale. Dans tous les cas, la question doit être posée :
par quel droit un pouvoir extérieur peut-il imposer à un être
existant de devenir le moyen biologique d’une naissance ?
Le pouvoir n’est jamais neutre
lorsqu’il modifie les possibles. Une loi qui interdit l’avortement
ne se contente pas d’exprimer une opinion morale ; elle
transforme matériellement la vie des femmes. Elle rend certaines
conduites dangereuses, honteuses ou clandestines. Elle rend la
maternité obligatoire dans certaines circonstances. Elle donne aux
tiers une emprise sur le corps. Elle installe la peur dans la
sexualité. Elle augmente la dépendance à la famille, au conjoint,
au médecin, à l’argent, au territoire, à l’État. Elle
transforme une grossesse en mécanisme de capture.
Cette capture peut être
religieuse. Beaucoup de traditions ont voulu gouverner les corps, la
sexualité, la filiation, la pureté, la maternité, la faute et la
transmission. La religion peut consoler, donner un sens, organiser
des communautés ; mais son ancienneté, son utilité
psychologique ou sa force affective ne prouvent pas qu’elle
détienne un droit sur le corps des femmes. Une croyance peut être
respectable comme expérience subjective et devenir illégitime
lorsqu’elle se transforme en loi imposée à ceux qui ne la
partagent pas. Les dogmes ne doivent pas précéder les êtres.
Aucune morale sacrée ne devrait pouvoir contraindre une femme à
fabriquer un enfant.
Cette capture peut être
politique. Les États aiment parfois les naissances parce qu’elles
entretiennent la population, l’économie, l’armée, le marché,
les retraites, la nation ou l’image de puissance. Mais le point de
vue du système n’est pas le point de vue de l’individu fabriqué
ni celui de la femme qui porte. Une population nombreuse peut servir
l’État, le capitalisme, la religion ou la compétition
collective ; elle ne sert pas nécessairement chaque être qui
nait. L’argument démographique ne suffit jamais à justifier
l’obligation individuelle de grossesse.
Cette capture peut être
familiale. Une famille peut vouloir un petit-enfant, un héritier,
une continuité, une réparation, une conformité sociale. Mais le
désir familial n’est pas un droit sur l’utérus. La pression
affective peut être aussi contraignante qu’un ordre explicite. La
phrase « tu le regretteras » peut agir comme une
sanction. La phrase « c’est ton devoir » peut devenir
une chaine mentale. La phrase « pense à nous » peut
effacer celle qui doit vivre la grossesse. Le droit à l’avortement
protège aussi contre ces pouvoirs doux, intimes, invisibles, qui
transforment l’amour familial en gouvernement du corps.
L’égalité entre les femmes et
les hommes reste incomplète si la reproduction peut être imposée
aux femmes. Un homme peut être moralement, socialement ou
juridiquement impliqué dans une grossesse, mais il ne la porte pas
dans son corps. Il ne subit pas la même transformation
physiologique, le même risque, la même exposition, la même
dépendance médicale, le même accouchement. Une société qui
interdit l’avortement installe donc une inégalité corporelle
majeure : elle donne à la biologie féminine la forme d’une
obligation sociale. Elle dit en pratique que certains corps peuvent
être réquisitionnés parce qu’ils peuvent porter.
Le droit à l’avortement n’est
pas seulement le droit de dire non à un enfant. C’est le droit de
ne pas être transformée en fonction reproductive. C’est le droit
de séparer sexualité et maternité. C’est le droit de refuser
qu’un accident biologique, un échec contraceptif, une violence,
une erreur, une ambivalence ou une pression devienne une trajectoire
imposée. C’est le droit de ne pas fabriquer un être que l’on ne
peut pas accueillir sans dommage. C’est le droit de prévenir une
souffrance au lieu de l’organiser puis de prétendre la réparer.
Il faut ici introduire la notion
de prévention. Les sociétés réagissent souvent trop tard. Elles
laissent naitre des enfants non désirés, des parents dépassés,
des familles pauvres, des mères isolées, des enfances humiliées,
des existences contraintes, puis elles créent ensuite des
institutions pour réparer : aides sociales, justice, école,
psychiatrie, police, protection de l’enfance, prisons,
associations, dispositifs de secours. Une société rationnelle
devrait se demander pourquoi elle fabrique d’abord des situations
qu’elle devra ensuite traiter comme problèmes. L’avortement,
comme la contraception et l’éducation sexuelle, appartient à une
politique de prévention des dommages.
Cette prévention ne doit pas
être eugéniste. Il ne s’agit pas de trier les êtres selon leur
valeur supposée, leur santé, leur rentabilité ou leur conformité.
Il ne s’agit pas de dire que certains enfants méritent de naitre
et d’autres non. Il s’agit de reconnaitre qu’aucun être
possible n’a demandé à être fabriqué, et qu’aucune femme ne
devrait être obligée de fabriquer un être contre sa propre
évaluation de la situation. La décision d’avorter ne juge pas la
valeur d’un enfant futur ; elle interrompt une fabrication que
la personne enceinte ne veut pas ou ne peut pas poursuivre.
Il faut également éviter de
transformer celles qui avortent en coupables. Une femme qui avorte
n’est pas une criminelle ontologique, pas plus qu’une femme qui
accouche n’est une sainte ontologique. Les décisions humaines
sortent d’un corps, d’une histoire, d’un milieu, d’une
information disponible, d’un état affectif, d’une pression
sociale, d’une situation matérielle, d’une santé, d’une peur,
d’un désir ou d’une absence de désir. La société devrait
protéger, informer, accompagner, soigner ; non humilier,
menacer ou punir. La culpabilisation n’ajoute souvent qu’une
souffrance inutile à une situation déjà difficile.
Le droit à l’avortement
n’oblige personne à avorter. Il n’enlève pas à une femme le
droit de poursuivre une grossesse désirée. Il ne nie pas l’émotion
possible devant un embryon, un fœtus, une échographie ou un projet
d’enfant. Il ne méprise pas la maternité. Il dit simplement que
la maternité doit rester une acceptation, non une capture. Une
société vraiment attentive aux enfants devrait vouloir qu’ils
naissent, autant que possible, dans des conditions où leur venue
n’est pas imposée par la peur, la loi, la honte, la pauvreté, la
religion ou l’absence de solution.
Le droit à l’avortement est
donc un droit de lucidité. Il oblige à regarder ce que la naissance
fabrique réellement : un être de besoins, un être vulnérable,
un être exposé, un être qui devra vivre dans des systèmes déjà
là, avec des lois qu’il n’a pas choisies, une économie qu’il
n’a pas signée, une famille qu’il n’a pas demandée, une
époque qu’il n’a pas sélectionnée, une mort certaine qu’il
devra affronter. Procréer n’est pas seulement « donner la
vie » ; c’est engager une existence entière.
Interrompre une grossesse non voulue peut alors être moins une
négation de la vie qu’un refus d’imposer une vie.
C’est pourquoi le droit à
l’avortement devrait être défendu non seulement comme une liberté
individuelle, mais comme un droit humain de protection contre la
fabrication contrainte. Il protège l’être déjà existant contre
la réquisition de son corps. Il protège l’être possible contre
une venue imposée dans des conditions refusées. Il protège la
société contre sa tendance à moraliser ce qu’elle devrait
comprendre. Il protège la sexualité contre sa réduction à la
reproduction. Il protège l’éthique contre sa transformation en
obéissance. Il protège la loi contre sa capture par la religion, la
famille, la nation ou le pouvoir.
Une société peut évidemment
organiser médicalement l’avortement, fixer des conditions de
sécurité, accompagner les décisions, prévenir les grossesses non
désirées, développer l’éducation sexuelle, faciliter l’accès
à la contraception, soutenir les femmes qui veulent poursuivre une
grossesse, protéger les enfants nés, et réduire les situations
matérielles qui transforment la maternité en catastrophe. Mais
cette organisation ne doit pas devenir une confiscation. Le rôle de
la loi devrait être de protéger les êtres vulnérables, non de
transformer la femme enceinte en territoire administré.
Au fond, l’avortement révèle
une question beaucoup plus vaste que lui : à qui appartient le
pouvoir de fabriquer un être humain ? Si la réponse est « à
la nature », alors on abandonne l’éthique aux automatismes
du vivant. Si la réponse est « à Dieu », on impose une
croyance à tous les corps. Si la réponse est « à l’État »,
on transforme la naissance en instrument politique. Si la réponse
est « à la famille », on transforme la femme en moyen de
continuité. Si la réponse est « à la société », on
transforme l’individu en ressource collective. La seule réponse
défendable commence par le corps qui porte, parce que c’est là
que la contrainte est réelle, immédiate, vécue.
Le droit à l’avortement n’est
donc pas un droit secondaire. Il est l’un des lieux où se vérifie
le sérieux d’une civilisation. Une société qui proclame
l’égalité, la liberté, la dignité, la protection contre la
souffrance et le respect des personnes, mais qui force une femme à
poursuivre une grossesse contre sa volonté, contredit ses propres
principes. Elle affirme protéger l’humain tout en dominant un
humain présent. Elle affirme aimer la vie tout en produisant de la
souffrance évitable. Elle affirme défendre l’enfant tout en
acceptant qu’il puisse naitre d’une contrainte.
Défendre le droit à
l’avortement, ce n’est pas célébrer l’avortement comme idéal.
L’idéal serait que nul ne soit placé dans une détresse
reproductive, que toute sexualité soit consentie, informée,
protégée, que toute contraception soit accessible, que toute
pression soit réduite, que toute maternité soit désirée, que tout
enfant né soit accueilli sans chantage vital, sans pauvreté, sans
abandon, sans humiliation. Mais tant que les humains vivront dans des
corps vulnérables, des sociétés imparfaites, des rapports de
pouvoir, des accidents, des violences, des ignorances et des
contraintes, l’avortement restera une protection nécessaire.
Il faut donc le dire clairement :
le droit à l’avortement est le droit de ne pas transformer une
grossesse en destin imposé. Il est le droit de ne pas faire d’un
processus biologique une obligation morale. Il est le droit de ne pas
fabriquer un être lorsque cette fabrication est refusée,
impossible, dangereuse, insupportable ou injustifiable pour celle qui
la porte. Il est le droit de préférer la prévention d’une
existence contrainte à la production d’une souffrance possible. Il
est le droit de reconnaitre que la vie n’est pas seulement un mot
sacré, mais une charge réelle pour celui ou celle qui la vit.
Une société qui respecte
réellement les êtres ne doit pas demander : « Comment
punir celles qui refusent de porter ? » Elle doit
demander : « Comment réduire les grossesses non désirées,
les violences sexuelles, l’ignorance, la pauvreté, la honte,
l’abandon, la domination et les naissances imposées ? »
Elle ne doit pas demander : « Comment sauver une vie
abstraite contre une femme réelle ? » Elle doit
demander : « Quels êtres souffrent, quels êtres peuvent
souffrir, quelles contraintes ajoutons-nous, et quels dommages
pouvons-nous éviter ? »
À cette question, le droit à
l’avortement apporte une réponse claire : lorsqu’une
fabrication humaine est commencée mais refusée, la société ne
doit pas l’imposer par la force. Elle doit protéger, accompagner,
soigner, prévenir et laisser à l’être déjà existant le pouvoir
minimal de ne pas devenir l’instrument d’une existence qu’elle
ne veut pas fabriquer. C’est moins un droit contre la vie qu’un
droit contre l’obligation de produire la vie. Et dans un monde où
exister signifie toujours être exposé, ce droit n’est pas une
concession : c’est une exigence de lucidité, de protection et
de non-domination.
Fin
– dit
par E. Berlherm
(L’obligation
d’exister implique l’innocence d’exister en permanence, ce
qui est vrai pour les loups comme pour les moutons.)
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