vendredi 17 juillet 2026

Mise à l’épreuve du potier

 

Mise à l’épreuve du potier

(La vérité est un bien public, donc un service public.)

Réponse à un commentaire sur Atramenta à propos de la notion de « peine »

Merci!

Pour commencer, j’aimerais savoir ce qui ne vous a pas convaincu. Mais cela doit signifier qu’aucun des arguments proposés ne vous a convaincu. Je suppose que si vous vous souvenez de mon nom et de ce texte, c’est que les idées vous ont intéressé ou du moins intrigué. Pouvez m’en dire plus sur cette sorte d’hésitation ?

Supposons que nous fassions une comparaison entre des enfants et des vases. Des vases avec pieds, donc qui marchent. Des vrais vases que vous auriez fabriqués. Un petit peu comme si vous étiez à la fois un Geppetto potier et la « fée » qui leur donne vie.

Vous fabriquez 5 vases, en glaise, à la main, sur un tour de potier. Ces vases sont fabriqués par vous, ils ne vous ont rien demandé. Ils ne gagnent rien à exister. Vous n’avez fait qu’assembler de la matière existante pour en faire une chose qui vous sera utile à vous, mais pas à eux. On ne fait pas un cadeau à quelqu’un qui n’existe pas. (La mère humaine pour fabriquer un enfant n’a qu’à se nourrir, le tour de potier, c’est son utérus.)

Ces vases, même s’ils se ressemblent, sont tous différents. Il suffit de prendre les dimensions, hauteur, largeur, le col, le socle, la forme générale. Ils diffèrent tous. (Pour les humains, c’est évident, même sur des jumeaux homozygotes.)

Ils sont tous différents visuellement. Mais ça, c’est la forme extérieure. Si vous regardez l’intérieur d’un vase et si vous le mesurez, il y aura également des différences.

(On ne peut pas regarder l’intérieur d’un être humain, alors on les juge tous semblables. J’aimerais bien savoir pourquoi et comment les différences de morphologie ne se retrouveraient pas à l’intérieur, sous la peau, dans chaque organe, et le cerveau en particulier. D’autant plus que le cerveau s’éduque, et cette éducation n’est pas quelque chose d’immatériel, elle produit des activités nerveuses, elle modifie les tracés des circuits neuronaux, c’est une véritable sculpture que font les parents pour commencer, ensuite les éducateurs scolaires et simultanément tout l’ensemble social et humain. Aucun humain n’a le cerveau sculpté comme un autre.

Il y a une enculturation constante de chaque individu par la société. De la naissance à la mort. Et comment cette installation se produit-elle dans le cerveau d’un enfant, quand on enseigne n’importe quoi, n’importe comment alors que tous les cerveaux sont différents ? Tout s’installe différemment dans les cerveaux, sinon ce serait très pratique, nous serions de bonnes petites IA. Où s’installe tout ça ? Qui le sait ? Comment s’installe cette chose que vous et la société, vous installez dans le cerveau de l’enfant et dans votre propre cerveau en permanence ? Le cerveau est un système mémoriel. Il n’y a pas une âme à la naissance qui installe tout de la même façon dans le cerveau. Tout se fait différemment dans tous les cerveaux humains. Tout est différent dans chaque cerveau humain. [ 3 X 9 = → Où se trouvent le « 3 » le « fois » le « 9 » dans votre cerveau et où se trouve la réponse qui vous vient automatiquement ? ])

Je reviens au vase. L’extérieur du vase n’est pas contrôlé par le potier que vous êtes. Et l’intérieur du vase n’est pas plus contrôlé. Mais l’intérieur, c’est aussi la matière du vase, et ça vous ne pouvez pas vérifier grand-chose, à moins de le passer aux rayons X. Peut-être pourriez-vous découvrir les faiblesses différentes de leur structure. Et l’on en est toujours qu’à la fabrication matérielle du vase, le corps du vase.

(Le tour de potier d’une femme, c’est l’utérus. Donc la femme fabrique son vase. Un vase, deux vases, trois vases, quatre vases, cinq vases, ce sont cinq enfants [quintuplés !], tous différents morphologiquement et anatomiquement, même s’ils se ressemblent plus entre eux [et vous] qu’aux enfants de la voisine. Les cinq enfants sont tous différents. C’est clair, il suffit de les regarder.)

Si vous passez les vases au four, des vases laqués, vous allez voir que la laque craquèle de façon différente. Apparemment, vous avez bien bossé, les vases se ressemblent, les craquelures sont visiblement différentes, mais c’est ce qui fait la beauté des vases. Mais au cours de leur utilisation, l’un d’eux sera plus fragile. Le moindre choc va le fêler. Le vase va fuir. Quatre sur cinq vont bien se conduire.

Est-ce que vous allez accuser le vase fautif ? C’est vous que vous allez accuser. Je comprends bien qu’avec un vase, vous n’allez pas l’accuser, vous allez simplement le mettre à la casse. Ce qui ne se fait pas avec un être humain ; on fait pire, on le punit d’exister alors qu’il n’y est pour rien, on le punit d’avoir été mal fabriqué alors qu’il n’y est pour rien, on le punit pour son éducation alors qu’il n’y est pour rien.

L’enfant a été installé dans un système culturel qui va l’obliger à capter le monde qui l’entoure. Vous l’imprégnez. Non seulement il y a une imprégnation maternelle, mais une imprégnation culturelle de la société. Et la société, en quelque sorte, non seulement participe à la fabrication, l’alimentation, l’eau ; tout ça, ce sont les briques du corps de l’être humain, la société est aussi responsable de ça. Elle est complice, selon ses propres lois, des méfaits de ceux qui ont mal fait leur boulot de fabricant et d’éducateur, car elle est tout ça à la fois. Mais c’est plus simple pour elle de se débarrasser du « pseudo-fautif » que de se corriger.

La société a autorisé la mère à faire un enfant. Et puis elle a participé à sa construction parce que maintenant, c’est la société qui fabrique la nourriture. L’alimentaire vient du magasin, on va tout acheter en magasin, et puis l’on fabrique l’enfant avec ces briques alimentaires.

L’enfant n’a rien dans la tête au départ, en fait dès la conception ; et à la naissance, il n’a que des potentiels. Il est vierge, vierge de tout. Et vous l’obligez à tout capter, tout enregistrer tout en sachant qu’il ne va pas tout enregistrer ni tout comprendre.

Vous obligez l’enfant à exister, ce qui veut dire vivre, agir, marcher, mais quel chemin peut-il faire que vous ne lui avez pas imposé ? Puisque vous lui imposez l’univers, vous lui imposez la terre. Vous lui avez tout imposé, car vous lui avez imposé l’existence.

Tous les chemins qu’il fait, tous les chemins qu’il prend, c’est vous qui lui avez imposé à votre enfant, à votre vase. Tous. En quoi peut-il être responsable, ce pauvre vase, d’être ce qu’il est ? En quoi ? Et c’est pareil pour vous. Et c’est pareil pour chacun d’entre nous.

Vous avez, nous avons, aussi peu de responsabilités que l’enfant. Nous sommes des enfants d’enfants, des esclaves d’esclaves.

Pourquoi impose-t-on aux gens le fait de pouvoir être drogué, le pouvoir de tuer, la possibilité d’être victime, etc. ? C’est bien le fabricant qui fabrique un futur associé qui n’a pas demandé à exister ni à être associé ? Personnellement, j’appelle ça de l’esclavage et du chantage permanent, et chacun a le droit de se venger des esclavagistes et maitres chanteurs… la société le dit, car c’est un droit fondamental de ne pas être esclave ni soumis à personne.

Pourquoi punir des êtres, que l’on a fabriqués soi-même, éduqués soi-même ?

En fait, l’univers est « aresponsable » (la notion de responsabilité est inexistante) parce que c’est un mécanisme, et nous, nous sommes des mécanismes résultant du fonctionnement de l’univers. Mais évidemment, si vous n’êtes pas rationaliste, si vous êtes croyante, je n’aurai aucun moyen de vous convaincre. Je suis rationaliste, donc matérialiste.

Il est tout de même plus agréable de voir un monde sans prison, sans punition, sans violence, sans rien. Pourquoi ne pas le guérir en comprenant l’être humain ? Très précisément, aussi précisément que possible. Donnez le bienêtre à vos vases madame la fée, ils n’auront pas à se venger d’avoir été mal fabriqué, même s’ils auront toujours le droit de vous demander pourquoi vous les avez condamnés à souffrir et mourir pour votre service alors que vous ne les verrez pas à ce stade, car c’est à eux que vous aurez imposé votre vieillesse et votre mort.

La base de l’innocence d’exister en permanence dans ce monde, où l’on a inventé stupidement la notion de responsabilité, c’est la contrainte d’exister, la contrainte d’existence. C’est pour moi une absurdité flagrante et totale. La peine est absurde, ça ne peut pas être ainsi qu’on éduque des enfants, et encore moins des associés qui n’ont pas demandé à être associé.

Fin — E. Berlherm

(L’obligation d’exister implique l’innocence d’exister en permanence, ce qui est vrai pour les loups comme pour les moutons.)


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