lundi 16 février 2026

Espace, Relief et Stéréoscopie

 

Espace, Relief et Stéréoscopie

(La vérité est un bien public, donc un service public.)

L’espace n’est pas donné à la naissance, il s’apprend. Chez le bébé, la perception spatiale se construit progressivement à partir de l’expérience sensorielle et motrice. Tous les nourrissons n’apprennent d’ailleurs pas spontanément à coordonner leurs deux yeux : la stéréoscopie n’est pas automatique. Dans certains cas, cette coordination doit être apprise, stimulée ou rééduquée, ce qui montre clairement que la vision binoculaire n’est pas la base de la perception de l’espace, mais un perfectionnement possible.

Plus fondamentalement, l’espace n’est pas uniquement visuel. Il est corrélé à toutes les formes de perception : la vision bien sûr, mais aussi l’audition, le toucher, l’odorat, le goût et surtout la proprioception, c’est-à-dire la perception du corps et de ses mouvements. Le cerveau construit une représentation spatiale globale en intégrant l’ensemble de ces informations, ce qui explique qu’un individu privé d’un œil conserve une perception du relief et des distances pleinement fonctionnelle.

Un point décisif est souvent négligé : l’espace est perçu bien au-delà du champ de recouvrement des deux yeux. Si la perception spatiale dépendait uniquement de la stéréoscopie, il se produirait un phénomène étrange : les zones périphériques du champ visuel, non communes aux deux yeux, cesseraient soudain d’être perçues comme spatiales. Or ce n’est évidemment pas le cas. L’espace est perçu de manière continue sur l’ensemble du champ visuel. On peut d’ailleurs le vérifier très simplement en obturant l’un des deux yeux : la perception du relief et de l’espace demeure. Avec un minimum d’apprentissage, il devient même possible de localiser les objets avec une grande précision en n’utilisant qu’un seul œil. Les deux yeux constituent donc une facilité, un confort fonctionnel, mais en aucun cas une nécessité pour construire l’espace.

C’est pour cette raison qu’un borgne peut légalement passer le permis de conduire. Sa compréhension de l’espace, des distances et des trajectoires n’est pas fondamentalement altérée. Sa limitation principale concerne le champ visuel, plus restreint, et non la perception spatiale elle-même.

Pour les jeux vidéo, c’est pareil. La grande majorité des jeux dits « en 3D » utilisent surtout des indices visuels que tout le monde perçoit avec un seul œil. Une personne borgne peut donc jouer, apprendre, progresser et prendre du plaisir comme les autres. Certains jeux conçus spécialement pour la vision à deux yeux peuvent être moins confortables, mais ce n’est pas la règle.

Concernant l’idée de « voir en stéréoscopie avec un seul œil », il est peu probable que l’on puisse un jour recréer exactement ce que font deux yeux naturels. En revanche, il est tout à fait possible — et cela existe déjà en partie — d’utiliser des astuces techniques pour donner une très bonne impression de profondeur, même avec un seul œil. Le cerveau est très doué pour s’adapter et apprendre à utiliser ces informations.

Enfin, la stéréoscopie doit être comprise comme une adaptation fonctionnelle, et non comme un fondement universel. Certaines espèces l’ont développée de manière très marquée pour répondre à des contraintes spécifiques. Le requin-marteau, par exemple, possède deux yeux très éloignés l’un de l’autre, ce qui améliore fortement sa vision stéréoscopique et sa capacité à localiser précisément ses proies. Cela illustre bien que la stéréoscopie est un outil d’optimisation évolutive parmi d’autres, et non la source de l’espace perçu.

En résumé, l’espace est une construction mentale apprise, multisensorielle et dynamique. La stéréoscopie n’en est qu’un réglage fin, utile dans certaines situations, mais nullement indispensable à la perception du monde en trois dimensions.

Fin – E. Berlherm

(L’obligation d’exister implique l’innocence d’exister en permanence, ce qui est vrai pour les loups comme pour les moutons.)


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